Pourquoi votre syndicat a-t-il appelé vos membres à boycotter les hôpitaux ?
Nous ne boycottons pas les hôpitaux. Nous avons simplement décidé de ne pas travailler dans les établissements qui appliquent ce décret. C'est notre choix en tant que remplaçants et intérimaires.
Pourtant, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a jugé que le syndicat faisait preuve d'une attitude irresponsable et a enjoint les hôpitaux à ne céder à aucune forme de chantage ?
On nous accuse de tous les maux. Nous sommes appelés "les mercenaires" ou "le cancer de l'hôpital". Nous serions responsables d'un déficit de 500 millions d'euros.
Pourtant, cette somme est bien mentionnée dans le rapport Véran de 2013...
J'aimerais savoir où monsieur Veran a pu trouver ces chiffres. Si on nous accuse d'être irresponsables, c'est bien parce que nous sommes utiles à la bonne marche de l'hôpital et du système de soins. La santé n'a peut-être pas de prix, mais elle a un coût. Nous sommes des professionnels ayant plus de dix ans d'études, et avec une énorme responsabilité. Le décret n'encadre pas les rémunérations, mais les baisse de 30 %. Nous sommes aussi une variable d'ajustement avec un statut précaire, polyvalent et disponible. Jusqu'ici personne n'avait entendu parler de nous. Nous exerçons notre activité sans faire de bruit. Mais on nous attaque sur notre rémunération.
Selon le rapport Veran, votre rémunération est bien supérieure à celle des praticiens hospitaliers ?
Cela est inexact. Nous sommes précaires. Nous ne disposons ni de congés maladies, ni de congés formation. Pour sa part, un praticien hospitalier a ces avantages ainsi que des RTT et bien d'autres... Si l'on intègre tout ce que touche un praticien hospitalier qui est en moyenne au dizième échelon, c'est-à-dire aux deux tiers de sa carrière, cela correspond à la somme que nous percevons, à savoir 1 300 euros sur 24 heures. Et j'insiste sur les 24 heures. Car quand on ne l'a pas vécu, on ne sait pas ce que cette durée de travail implique d'engagement. La guerre entre les PH et les remplaçants a été bien attisée par les pouvoirs publics. C'est bien connu, la division permet de mieux régner.
Que voulez-vous dire exactement ?
Il faut prendre de la hauteur et se demander pourquoi il existe un tel déficit de praticiens hospitaliers dans les hôpitaux. La réponse est simple. Le taux de burnout est énorme. La réglementation sur les RTT n'est pas appliquée de 39 à 48 heures. Les PH commencent à toucher des heures supplémentaires ou des RTT au-delà de 48 heures. Par ailleurs, ils effectuent en moyenne cinq gardes par mois, ce qui correspond sur un total de 10 mois à 50 gardes par an. Sur une vie professionnelle entière de trente années, cela correspond à 1 500 gardes, soit quatre ans de travail qui ne sont pris en compte ni pour la retraite ni financièrement alors que nous payons des impôts sur ces heures. Qui sont les remplaçants ? Des médecins en burnout qui ont arrêté de travailler en tant que PH et en ont eu assez d'être pris pour des mouchoirs jetables. Le choix d'être intérimaire est aussi celui de la précarité. Nous acceptons les avantages et les inconvénients de ce statut. Beaucoup de PH prennent des dispos pour effectuer des remplacements et lorsqu'ils reviennent à leur poste fixe, ils n'arrivent plus à reprendre ce rythme. Et redeviennent intérimaires.
Vous pensez alors que cet engagement mérite une "juste" revalorisation ?
Si l'on divise 1 300 euros par 24, cette somme correspond à un taux horaire de 50 euros, soit le tarif d'un artisan. Nous sommes réellement stigmatisés au sein de la population médicale. L'ordre des médecins qui est censé être un médiateur ne remplit pas son rôle dans cette affaire. Il a certes dénoncé le burnout. Mais il faut alors en tirer les conséquences. Les politiques depuis Juppé ont souhaité faire des économies sur le dos des médecins. Mais entre temps, les besoins en soins ont augmenté à cause du vieillissement de la population et de l'explosion de l'aide médicale d'Etat notamment.
A quelles difficultés êtes-vous confrontée dans votre exercice au quotidien ?
En tant que réanimateur, un métier que j'exerce depuis trente ans, nous pouvons vivre ponctuellement des situations de stress énorme, par exemple pour un patient qui manque de mourir d'une anoxie. Il faut alors réagir très rapidement et après un tel événement vous êtes "vidé", même avec une expérience professionnelle de plusieurs années. Combien d'anesthésistes sortent du soin et vont se planquer dans l'évaluation (Clin, douleur, etc.) ? Parce qu'ils n'en peuvent plus. Un pilote d'avion ou un contrôleur de ligne génère aussi un stress énorme qui est pris en compte, pas le nôtre.
Avez-vous pris langue avec le ministère ?
Le conseil de l'ordre nous l'a recommandé. Mais nous n'avons pour l'instant aucune réponse du ministère qui de son côté a publié ce décret inique qui va s'appliquer sur 2018-2019-2020 peu à peu dans tous les établissements avec un taux horaire net de 36 euros.
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