Tatouer pour guérir, la Dr Eve de la Guerrande met son art au service des patientes

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Publié le 25/10/2025
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Médecin tatoueuse à l’Hôtel-Dieu de Pont-l’Abbé dans le Finistère, la Dr Eve de la Guerrande a choisi d’allier son amour de l’art et celui de la médecine, au service de ses patientes atteintes de cancer du sein ou présentant des cicatrices post opératoires.

Dr Eve de la Guerrande

Dr Eve de la Guerrande
Crédit photo : DR

« J’ai toujours hésité entre l’art et la médecine », se souvient la Dr Eve de la Guerrande. D’abord médecin généraliste, elle est aujourd’hui tatoueuse médicale et artiste à plein temps, et fait face à une demande grandissante. « J’ai voulu garder un pied dans les deux mondes, celui du tatouage et celui de la médecine, pour proposer une prise en charge complète et vraiment adaptée. »

C’est durant sa première année d’internat qu’elle découvre le tatouage de reconstruction mammaire. Fascinée, elle décide d’y consacrer sa thèse de doctorat. La jeune médecin renoue alors avec ses premières amours artistiques, et se lance un défi : suivre son internat tout en se formant au tatouage, puis au tatouage médical reconstructeur. « En termes d’investissement physique, de temps et d’argent, cela a été très intense », confie celle qui consacrait tout son temps libre à cette formation originale. « Je faisais mes stages d’internat, et dès que j’étais en vacances ou en jours off, j’allais apprendre auprès du tatoueur qui me formait », se souvient-elle.

Poitiers, Toulouse, Paris, Rennes… Des patientes viennent de loin pour bénéficier de ses talents à l’Hôtel-Dieu de Pont-l’Abbé et dans un cabinet médical à Quimper (Finistère). « Le tatouage décoratif, c’est un peu comme une œuvre d’art personnalisée. Les patientes choisissent un praticien pour son style. Certaines n’hésitent pas à faire plusieurs centaines de kilomètres pour un dessin qui leur correspond ». Face à la demande, la praticienne a dû mettre entre parenthèses son activité de médecine générale. Son emploi du temps se partage désormais entre le tatouage médical, le tatouage artistique et la peinture murale à visée médicale, en réalisant notamment des fresques ou des affiches de prévention.

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Chaque séance est minutieusement chronométrée et adaptée aux souhaits des patientes. Il faut compter 1 h 30 à 2 h 00 pour le tatouage mamelonnaire. « La première consultation dure environ 30 minutes. Le choix du tatouage dépend de la cicatrice et du type de peau de la patiente », explique-t-elle. La durée pour les dessins qui recouvrent les cicatrices est beaucoup plus importante, de 2 heures à plusieurs jours parfois.

Un tatouage au service de la réconciliation des patientes avec elles-mêmes

Au-delà de l’aspect esthétique, le tatouage médical possède une véritable dimension réparatrice. « Souvent, il existe un vécu de mutilation très intense, et donc une attente très forte en relation avec l’estime de soi », explique la Dr de la Guerrande. La médecin voit des patientes de tout âge et même les plus réticentes reconnaissent « être satisfaites du résultat ». À travers son art, elle contribue à faire en sorte que les malades se réconcilient avec cette partie de leur corps.

Mais, à ce jour, au grand désarroi de la praticienne, seul le tatouage du mamelon dans le cadre d’une reconstruction mammaire est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. « J’ai contacté la responsable du pôle de la chirurgie esthétique de la Sécurité sociale à deux reprises mais je n’ai eu aucun retour », se désole la praticienne. Son expérience et le retour des patientes la conduisent à militer pour une reconnaissance plus large de cette démarche originale, mais aux vertus incontestablement thérapeutiques.


Source : lequotidiendumedecin.fr