La fraude scientifique prend de l’ampleur au point que « le nombre de publications frauduleuses augmente à un rythme bien supérieur à celui des publications légitimes », s’inquiètent des chercheurs américains. Dans la revue de l’Académie américaine des sciences (PNAS), ils décortiquent le phénomène en plein essor.
Les auteurs ont d’abord analysé les plus de 270 000 articles publiés dans la revue Plos One depuis 2006. Parmi ces publications, 702 ont finalement été rétractées et 2 241 ont été critiquées sur PubPeer. Sur les plus de 18 000 éditeurs impliqués dans la validation des articles, 45 affichaient un taux anormal d'acceptation de publications rétractées ou critiquées sur PubPeer. Ces personnes (0,25 % de l’effectif) « ont édité 1,3 % de tous les articles publiés dans Plos One en 2024, mais 30,2 % des articles rétractés », résument les auteurs de l’étude. Et plus de la moitié de ces éditeurs (25 sur 45) ont également rédigé des articles rétractés par Plos One, poursuivent-ils.
Le phénomène ne se limite pas à cette publication. Les auteurs citent les exemples des revues éditées par le groupe Hindawi ou les actes de la conférence de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE). Dans les deux cas, un nombre restreint d’éditeurs cumulent des taux anormalement élevés d’articles rétractés ou critiqués sur PubPeer.
L’activité à grande échelle des « paper mills »
Les auteurs pointent aussi la place prise par les paper mills (usines à papier), ces sociétés qui produisent des articles scientifiques souvent factices. Pour analyser leurs pratiques, les chercheurs se sont penchés sur la duplication d'images, « une caractéristique de la science frauduleuse ». « Bien que la duplication des images implique que ces études ne se soient pas déroulées comme décrit, seules 34,1 % d'entre elles ont été rétractées », relèvent-ils.
« Capables de produire des recherches frauduleuses à grande échelle », les paper mills ont mis en place une organisation structurée. Ces sociétés « coopèrent avec des courtiers – ou agissent elles-mêmes en tant que courtiers – qui contrôlent au moins certaines des décisions des revues ciblées et peuvent garantir la publication dans une seule revue », mettent en évidence les chercheurs.
Ils décrivent également le journal hopping qui consiste à abandonner la publication dans une revue désindexée par les agrégateurs et à se reporter sur d’autres journaux. La pratique aboutit à des incongruités. Les auteurs citent en exemple un article sur la torréfaction des noisettes publié dans une revue consacrée aux soins du VIH ou un article sur la détection de logiciels malveillants dans une revue consacrée à l'éducation spécialisée.
Ces différentes pratiques frauduleuses progressent rapidement, s’inquiètent les auteurs. « Le nombre d'articles rétractés ou critiqués sur PubPeer a doublé tous les 3,3 ans et tous les 3,6 ans, respectivement, tandis que le nombre total de publications a doublé tous les 15 ans. Cependant, les articles suspectés d'être issus de paper mills ont doublé tous les 1,5 an », écrivent-ils.
Des mesures de lutte contre la fraude inefficaces
Face à l’ampleur du phénomène, « les mesures punitives actuellement mises en œuvre ne permettent pas de lutter contre la vague de fraude scientifique », jugent les chercheurs. En effet, « les articles publiés dans des revues désindexées continuent de faire partie du répertoire de la littérature scientifique de certains agrégateurs de littérature » et « les rétractations restent relativement rares », expliquent-ils. Selon leurs estimations, seuls 25 % des articles suspectés d'être issus de paper mills seront un jour rétractés.
« La gravité de la situation exige une action urgente », concluent-ils. Dans certains domaines, la littérature « pourrait déjà avoir été irrémédiablement endommagée par la fraude », ajoutent-ils. La lutte contre ces pratiques « ne peut être laissée à un petit nombre de volontaires isolés », car elle « nécessite des ressources, tant humaines que technologiques, à la hauteur de la menace », d’autant plus prégnante que les IA sont alimentées par la littérature sans distinguer la science de qualité de la science frauduleuse.
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