Près de deux mois après la déclaration par l’Organisation des Nations unies (ONU) de l’état de famine dans la ville de Gaza, que conteste Israël, une étude estime que plus de 54 600 enfants de moins de 5 ans du territoire souffrent de malnutrition aiguë, soit un sur six. Menée par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), cette évaluation met en évidence une forte augmentation de la malnutrition infantile après les périodes de blocus et de fortes restrictions de l’aide humanitaire.
Publié le 8 octobre dans The Lancet, ce travail s’appuie sur l’examen et le suivi de l’émaciation (malnutrition sévère mesurée à l’aide du périmètre brachial) de 219 783 enfants âgés de 6 à 59 mois, entre janvier 2024 et mi-août 2025, dans des dispensaires et sites d’urgence de l’Unrwa, répartis dans cinq gouvernorats de la bande de Gaza. Sur la période, le nombre de dépistages a varié de 722 à 23 651 par mois (265 974 dépistages au total sur la période).
Dans certaines zones, jusqu’à 31,5 % des moins de 5 ans
La prévalence de l'émaciation dans cette population est passée de 4,7 % (34 enfants sur 722) en janvier 2024 à 8,9 % (1 281/14 387) en juillet de la même année et à 14,3 % (1 661/11 619) en janvier 2025. Fin 2024, l'aide humanitaire a été fortement restreinte, rappellent les auteurs : « des sources onusiennes ont fait état de moyennes de 42 à 92 camions d'aide par jour entrant à Gaza, contre 300 à 600 par jour avant la guerre ».
Début 2025, le cessez-le-feu de six semaines et l'entrée d'une aide accrue ont permis de faire reculer l’émaciation : la prévalence s’établissait à 5,5 % en mars 2025 (831/15 165). Un nouveau blocus de 11 semaines a suivi, restreignant fortement l’arrivée d’aide jusqu'à fin mai 2025. À la mi-août, l’émaciation touchait 15,8 % (1 213/7 668) des enfants examinés, dont 3,7 % (280/7 668) sévèrement.
Ces moyennes masquent des situations extrêmes dans certaines zones. À Rafah notamment, la malnutrition émaciée a atteint 31,5 % (63/200) en janvier 2025, avant de redescendre à 8 % en avril 2025, en lien avec le cessez-le-feu.
En extrapolant ces observations à partir du nombre estimé d'enfants de moins de 5 ans sur le territoire (346 000), les auteurs évaluent que plus de 54 600 enfants ont besoin d’une nutrition thérapeutique et de soins urgents, dont 12 800 sont sévèrement émaciés et ont « peu de chances de réadaptation ».
Des répercussions à long terme
« Après deux années de guerre et de restrictions sévères de l'aide humanitaire, des dizaines de milliers d'enfants d'âge préscolaire dans la bande de Gaza souffrent désormais de malnutrition aiguë évitable et sont confrontés à un risque accru de mortalité », déplore le Dr Masako Horino, épidémiologiste en nutrition à l'Unrwa et responsable scientifique de l'étude.
Des ONG présentes sur place témoignent de la hausse drastique de la malnutrition infantile et des conditions sanitaires catastrophiques. En septembre, « entre 300 et 400 enfants de moins de 5 ans » ont été soignés par les équipes d’Action contre la faim, « alors qu’il y a quelques mois, le nombre de cas atteignait à peine 100 », décrit le directeur des opérations de l’ONG, Vincent Stehli, dans un communiqué. « J’ai vu un enfant de 7 ans qui ne pesait que 6,5 kg », poursuit celui qui est récemment rentré de Gaza.
Dans un commentaire associé à l’étude du Lancet, des pédiatres qui n’ont pas participé à l’étude s’inquiètent d’une « réalité qui aura sans aucun doute des répercussions sur leur santé et leur développement futurs pendant des générations ». Ils rappellent également que d’autres zones de conflit sont frappées par des famines, notamment au Soudan.
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