Editorial

L’idéal n’est pas réalité

Par
Publié le 30/10/2026
Audrey Chaussalet

Audrey Chaussalet
Crédit photo : DR

Dans son rapport publié mardi 20 octobre, la Cour des comptes exhorte à remettre les finances de la Sécurité sociale sur une « trajectoire de retour à l’équilibre » d’ici à 2030. « Le redressement est désormais impératif », martèle-t-elle. Une mise en garde qui est intervenue à quelques heures du début de l’examen par les députés du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. 

Le gouvernement affiche une trajectoire ambitieuse : réduire presque de moitié le déficit de la Sécu, de 22,6 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027. Mais les magistrats financiers pointent la fragilité des hypothèses sur lesquelles repose cet objectif. Le gouvernement table sur une croissance de 1 % en 2027, une prévision jugée optimiste par le Haut Conseil des finances publiques dans son avis du 1er octobre. D’autres incertitudes pèsent sur les économies attendues. Certaines mesures dépendent encore de négociations entre partenaires sociaux, notamment sur les indemnités journalières en cas d'arrêt de travail, ou encore sur la régulation de la vente des produits de santé, dont le rendement reste incertain. Le flou persiste également autour de l’une des principales mesures du PLFSS : la sous-indexation, voire le gel, des pensions des retraités atteignant au moins 1 260 euros par mois, dont les modalités doivent encore être précisées par décret. De quoi rendre incertain le montant des économies escomptées, alors que le gouvernement en attend quelque 3 milliards d’euros.

Le risque est de reproduire le scénario de l’an dernier : malgré les engagements pris pour redresser les comptes, le déficit devrait atteindre 21,8 milliards d’euros en 2026, soit une dégradation de 2,4 milliards par rapport à l’objectif initial. Un précédent qui invite à la prudence face aux ambitions affichées pour 2027. « Mon rêve, ce serait que vous arriviez à vous mettre d’accord, quels que soient les choix que vous faites, sur un déficit de 12,7 milliards d’euros », a lancé ­Bernard ­Lejeune, président de la sixième chambre de la Cour des comptes. 

La Cour fixe un cap et presse les responsables publics d’agir. Mais sans accord politique sur les moyens de réduire durablement le déficit, le retour à l’équilibre risque de rester, une fois encore, un objectif plus facile à afficher qu’à atteindre. 


Source : lequotidiendumedecin.fr