Collectif co-fondé par l’ancienne prétendante de gauche à Matignon, Lucie Castets, Nos services publics publie un rapport de plus de 200 pages, documentant le recul et les inégalités d’accès aux services publics sur le territoire français.
Ces fractures territoriales concernent notamment le secteur de la santé, avec « un accès aux médecins généralistes et spécialistes [qui] se détériore et se concentre dans certains territoires », insiste Arnaud Bontemps, haut fonctionnaire porte-parole du collectif. « Mais si certains territoires voient leur offre médicale se réduire, ce n’est pas le cas de tous. En ce sens, les inégalités territoriales accentuent encore la pénurie médicale pour certaines régions », complète le rapport. Ainsi, depuis 2010, les départements déjà reconnus par la Drees (ministère) comme étant les plus faiblement dotés en médecins « ont vu leur situation se détériorer ».
Certaines données sont éclairantes : l’indicateur de l’accessibilité potentielle localisée (APL) des médecins généralistes couplé à la médiane des revenus par commune « montre que les communes les 20 % les plus riches bénéficient d’une offre médicale supérieure à la moyenne nationale », à l’exception notable des communes d’Île-de-France et de trois villes limitrophes de la Suisse. Sur ce point, certains phénomènes d’« aspiration territoriale » de l’offre médicale sont bien analysés : le rapport souligne par exemple que les généralistes « sont particulièrement attirés par Paris et Genève, en Suisse, asséchant, de fait, l’offre médicale des territoires voisins ». « L’Île-de-France est ainsi un important désert médical », peut-on lire.
Un autre indicateur qui permet d’objectiver la tension sur la ressource médicale est la file active (nombre de patients uniques vus au moins une fois dans l’année), en « augmentation substantielle depuis 2017 ». « Dans un contexte où le nombre de médecins est relativement identique depuis quelques années (…), cela signifie que le nombre moyen de patients reçus par professionnel de santé augmente. Sans augmentation du temps de travail des professionnels de santé, cela traduit mécaniquement une baisse du temps de consultation ou du nombre de consultations par patient », analyse le rapport.
3,3 consultations annuelles par patient
Pour les spécialistes cette fois, la densité à l'échelle communale (arrêtée en 2022) montre là aussi des disparités déjà connues mais néanmoins significatives : les praticiens ont tendance à se concentrer dans les grandes villes et les départements côtiers du sud-ouest et du sud-est, ainsi que dans la région francilienne (carte ci-dessous).

Du simple au quadruple
Cette dynamique de concentration territoriale accentue la désertification médicale, puisque les zones dites fragiles (où l’accès effectif à des professionnels de santé est limité) couvrent aujourd’hui « 87 % du territoire français et impactent près de 30 % de la population ».
De fait, les disparités d’accès aux services de santé se traduisent par des écarts significatifs de fréquence de consultation médicale. « En 2023, l’accessibilité moyenne aux médecins généralistes de 65 ans ou moins est de 3,3 consultations, visites et téléconsultations par habitant, indique le rapport. Mais l’accessibilité moyenne des 10 % [des citoyens] les mieux dotés est de 5,6 consultations, visites et téléconsultations par habitant, soit 4,1 fois plus que l’accessibilité moyenne des 10 % les moins dotés ».
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