Une restructuration est en cours à Santé publique France (SPF). Révélée par France Inter et confirmée par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, la décision d’un « recentrage stratégique », prise par le gouvernement lors d'une réunion interministérielle et validée par le Premier ministre, a été annoncée le 29 janvier aux personnels par la directrice générale de SPF, la Dr Caroline Semaille, a indiqué la radio publique.
Plusieurs des missions de l’agence vont revenir dans le giron du ministère de la Santé. La gestion de la réserve sanitaire et de l’établissement pharmaceutique qui gère les stocks stratégiques de l’État (masques, médicaments sensibles) sera ainsi confiée à la Direction générale de la santé (DGS). L'objectif est de « raccourcir la chaîne de commandement, d'unifier les dispositifs existants et de renforcer la capacité de décision, en particulier en période de crise », a indiqué le ministère à l'AFP, invoquant des « fonctions régaliennes de préparation et de réponse aux crises sanitaires ».
Autre transfert de missions prévu, la réalisation des campagnes de communication sur la prévention reviendra désormais directement au ministère de la Santé et à l’Assurance-maladie. Sur ce volet, il s’agit d’« offrir aux citoyens des messages plus clairs » car une « multiplication des porteurs de campagnes » a « pu brouiller la lisibilité de la parole publique en santé », a ajouté le cabinet de Stéphanie Rist, assurant viser « une meilleure efficacité » et non des « économies ».
Un rapport des inspections générales jamais publié
Créée en 2014 pour doter la France, comme les États-Unis ou l'Angleterre, d'un établissement regroupant des missions de prévention et promotion de la santé, d'alertes et de surveillance et d'intervention SPF est née de la fusion de l'Institut de veille sanitaire (InVS), l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Éprus) et Addictions, drogues, alcool info service (Adalis).
En février et mars, une mission flash avait été confiée à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), à l’Inspection générale des finances (IGF ) et à l’Inspection générale de l'administration (IGA) pour concrétiser cette restructuration et examiner notamment les aspects juridiques de ces transferts de compétences. Ce rapport n’a pour l’heure pas été rendu public malgré la demande du député écologiste Hendrik Davi, administrateur de SPF.
L’annonce de la restructuration suscite des inquiétudes, d’autant qu’une campagne de prévention sur l’alcool, portée par SPF pour la Coupe du monde de rugby organisée en France en 2023, avait été annulée à la dernière minute par le gouvernement. Dans un communiqué, Hendrik Davi dit craindre « une ingérence politique dans les campagnes de prévention (qui) affaiblira l’indépendance scientifique » et pointe un « risque majeur de censure ou d’autocensure sur des campagnes pourtant essentielles (tabac, alcool, drogues, pollution, santé sexuelle) ». Et le parlementaire de s’interroger sur les conséquences de ce transfert de missions si un « gouvernement d’extrême droite, climatosceptique et antivax » arrivait au pouvoir.
La directrice du Collectif national contre le tabagisme (CNCT), Emmanuelle Béguinot pointe elle aussi « un risque » pour « la prévention du tabagisme, celle de l’alcool », qui doit s'appuyer sur des « données scientifiques rigoureuses et indépendantes » et « une communication totalement indépendante des lobbies ».
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