C’est par une « expression of concern », littéralement, un « avis de préoccupation », que la revue britannique BMJ prend ses distances avec une étude suédoise publiée fin septembre, et relayée notamment par Le Quotidien, mais sans aller jusqu’à la retirer.
Les travaux incriminés, conduits par le très sérieux Institut Karolinska, montraient que les femmes qui négligent leur premier dépistage par mammographie présentaient un risque plus élevé de cancer du sein diagnostiqué à un stade avancé et d’en décéder dans les 25 ans qui suivent. Les auteurs estimaient ce surrisque de mortalité à 40 %. En conclusion, ils plaidaient en faveur de mesures plus volontaristes pour inciter les femmes à participer aux programmes de dépistage du cancer du sein.
Données pas assez probantes sur les causes réelles de décès
« Les données analysées dans cette étude ne sont pas assez probantes pour justifier un tel appel », considère le BMJ dans un communiqué. Une position qui s'applique également à un commentaire publié dans la même édition, dont les auteurs, qui n'avaient pas participé à l'étude, appelaient également à agir en faveur d'une meilleure adhésion au dépistage.
L'étude en question avait été réalisée sur les vastes données du programme suédois de dépistage par mammographie, soit près d'un demi-million de femmes invitées à se faire dépister, de 1991 à 2020 à l'âge de 50 ans ou, à partir de 2005 à celui de 40 ans. Environ un tiers des patientes ne s'étaient rendues à leur première mammographie. Si les auteurs attribuent le surrisque de décès d’un cancer du sein de 40 % à un « probable retard de détection » chez ces dernières, le BMJ leur reproche de ne pas fournir assez de données sur les causes réelles des décès.
Selon la revue, il pourrait donc être fallacieux d'avancer que ces morts auraient pu être évitées grâce à une meilleure adhésion au dépistage. Cela « suppose non seulement un lien de cause à effet, mais également l'idée que l'on pourrait agir dessus par des mesures qui accroîtraient les dépistages », explique le BMJ. Le commentaire, lui, cite d'autres études allant en ce sens, mais n'indique pas assez clairement que le consensus médical sur la question n'est pas pleinement tranché, est-il encore précisé. Le corps médical est largement en faveur d'un dépistage généralisé du cancer du sein, mais des débats persistent sur son ampleur, notamment à cause du risque de surdiagnostic.
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