Les recommandations françaises actuelles en matière d’alimentation correspondent bien à ce qui serait nécessaire pour diminuer le risque de cancer colorectal, mais les Français y adhèrent peu. Telles sont les conclusions d’une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, les Français sont certes insuffisamment au fait de ces recommandations. Mais cela n’explique pas tout : il faut aussi créer un environnement qui leur permette de les suivre à moindre coût.
Alors que les Français restent entre un et deux tiers à dépasser les repères de consommation, les chercheurs (université Sorbonne Paris Nord, université Paris Cité, Inserm, Inrae, Cnam, Eren, Cress) proposent de développer des programmes éducatifs, mais pas que. Le niveau de connaissances n’explique pas tout. Les auteurs suggèrent de créer un environnement facilitant, ce qui peut passer par subventionner les produits sains, taxer les produits déséquilibrés ou certains nutriments, mettre en place de façon obligatoire le Nutri-Score ainsi que limiter la publicité et les actions de marketing ciblées sont nécessaires, suggèrent les chercheurs (université Sorbonne Paris Nord, université Paris Cité, Inserm, Inrae, Cnam, Eren, Cress).
En France, le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme, derrière celui du sein, et le troisième chez l’homme, derrière celui du poumon et de la prostate, représentant en 2023, 47 582 nouveaux cas. Depuis plusieurs années, son taux d’incidence est en hausse, notamment chez les femmes et les moins de 50 ans avec une tendance nettement marquée chez les 15-39 ans, dont le taux d’incidence a augmenté de 1,43 % par an entre 2000 et 2020, avec en prime des cancers plus agressifs que chez les populations âgées. Environ 21 % des cas de cancer colorectal en France seraient dus à une alimentation déséquilibrée, 16 % à la consommation d’alcool, 11 % à la surcharge pondérale et 2 % à un faible niveau de pratique d’activité physique, selon un rapport du Centre de recherche international sur le cancer (Circ) de 2018.
Fibres, activité physique et produits laitiers, des facteurs protecteurs
Selon l’étude du BEH, l’adoption plus large d’un mode de vie plus sain réduirait le risque de cancer colorectal mais aussi les risques de rechute, de second cancer, de mortalité et améliorerait la qualité de vie. En s’appuyant sur les rapports les plus récents (sociétés savantes, Institut national du cancer, Santé publique France, Circ, fonds mondial de recherche sur le cancer, réseau Nacre), les auteurs ont pu faire un point sur les facteurs de risque nutritionnels, qu’ils soient protecteurs ou associés à un risque accru.
Pour certains d’entre eux, des analyses dose-réponse ont même pu être effectuées. Ainsi, pour chaque portion journalière de 10 g de fibres supplémentaire, le risque de cancer colorectal est réduit de 7 %, grâce à la production de butyrate, un acide gras à chaîne courte, induite par la fermentation des fibres par le microbiote.
La consommation de fruits et de légumes (hors féculents) est associée à une diminution du risque de 2 % par portion journalière de 100 g, avec un effet particulièrement marqué à partir de 500 g par jour. En ce qui concerne les produits laitiers, la consommation de 400 g par jour, tous types confondus (produits laitiers totaux, lait, fromage, calcium alimentaire), et quelle que soit leur teneur en matières grasses, est associée à une réduction de 13 % du risque de cancer colorectal.
Le cas de l’activité physique est plus complexe, car s’il s’agit d’un facteur avéré de protection contre le cancer colorectal, l’hétérogénéité des études incluses dans les méta-analyses ne permet pas d’identifier des seuils optimaux, estiment les auteurs. Certaines études fixent à 5 000 pas par jour le seuil au-delà duquel on observe un effet protecteur.
Viande rouge, alcool, surpoids, des facteurs associés au cancer colorectal
A contrario, la viande transformée et la viande rouge, consommées à raison de 100 g par jour, représentent une augmentation de 12 % du risque de cancer colorectal. Une consommation de 50 g par jour de viande transformée augmente le risque de cancer colorectal de 16 %.
Enfin, l’alcool, classé comme cancérogène avéré pour l’humain (groupe 1) depuis 1988, augmente de 7 % le risque de cancer colorectal pour chaque dose de 10 g par jour (soit un verre standard) consommée. Cette dernière relation est non linéaire, et le risque augmente plus vite au-delà de 30 g par jour.
La surcharge pondérale, « qui est en partie liée à l’alimentation déséquilibrée », est également un facteur de risque du cancer colorectal. Chaque incrément de 5 kg/m² dans l’indice de masse corporelle (IMC) est associé à une augmentation de 5 % (RR =1,05 [1,03-1,07]), « l’effet étant nettement plus marqué pour les valeurs d’IMC de plus de 27 ».
D’autres facteurs sont émergents et encore à l’étude. En premier lieu, les aliments ultratransformés sont pointés du doigt même s’il reste à démêler les effets respectifs du surpoids, des additifs alimentaires, de la matrice alimentaire, des matériaux de contact issus des emballages et de surconsommation. Viennent ensuite le moment des prises alimentaires et la consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique.
En France, les recommandations plutôt bien connues, mais mal suivies
En France, l’étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (Esteban 2014-2016) rapporte que seuls 13 % des adultes (18 à 74 ans) consommaient au moins 25 g de fibres par jour en 2015, avec 28,3 % atteignant le repère de consommation de cinq portions par jour. Les produits céréaliers complets et légumes secs étaient davantage délaissés puisque 60,3 % des adultes, en particulier les hommes, n’en avaient pas consommé sur les trois jours de recueil des consommations alimentaires. Plus d’un tiers des adultes, en particulier les hommes, ne consommait pas deux produits laitiers par jour. À l’inverse, l’étude rapporte que 32 % des adultes de 18 à 54 ans consommaient au moins 500 g de viande (hors volaille) par semaine, et 63 % au moins 150 g de charcuterie par semaine, les hommes étant plus concernés que les femmes.
Un peu moins d’un adulte sur deux se sent « très bien » ou « plutôt bien informé » sur les risques de cancer liés à l’alimentation. Mais si avoir connaissance des recommandations augmente les chances de les atteindre, la connaissance seule semble insuffisante car bien que 74 % et 63 % des Français perçoivent la charcuterie et la viande rouge comme facteurs de risque, ils sont entre un et deux tiers à dépasser les repères de consommation. « Des mesures additionnelles doivent être mises en place pour encourager la population à adopter des habitudes plus saines », résument les auteurs.
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