Déjà pointée du doigt en octobre par un collectif de chercheurs et de médecins, l’utilisation d’hexane dans la production d’huiles alimentaires subit à présent les foudres d’une mission flash parlementaire qui réclame à son tour un signalement systématique auprès des consommateurs. Si les rapporteurs écartent une interdiction immédiate, ils n’excluent pas que cela puisse être le cas à l’avenir, en cas de nouvelles informations concernant un risque pour la santé. « Ce n’est pas un combat contre les industriels mais pour les consommateurs », a insisté le député Les Démocrates de la 6e circonscription du Loiret Richard Ramos, corapporteur de la mission avec Julien Gabarron (RN, 6e circonscription de l’Hérault).
L’hexane échappe à l’obligation de signalement sur les emballages et fait l’objet de peu de contrôles car, utilisé comme solvant, il n’est pas considéré comme un ingrédient ou un additif, mais comme un auxiliaire technologique. La directive l’autorisant manque en outre de précision dans la définition même du produit. L’hexane est un mélange complexe d’isomères de composition variable, dont le n-hexane est le principal composant (40 à 60 %), et qui contient d’autres isomères et des traces de benzène. Cette absence de normalisation de l’hexane en tant que solvant est « atypique dans la réglementation alimentaire » et « soulève de nombreuses questions sur la capacité à caractériser le danger et le risque lié à son utilisation », écrivent les deux auteurs de la mission flash.
Utilisé dans 95 % des huiles
En complément du pressage à froid ou à chaud des graines de tournesol ou de colza, l’hexane est employé dans 95 % des opérations de triturages. L’hexane est ensuite éliminé par chauffage à plus de 99 %, ce qui ne peut empêcher la présence de résidus dans des produits alimentaires.
En décembre 2025, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) a qualifié l’hexane de substance « très préoccupante », la classant comme neurotoxique confirmé pour l'humain. Selon la classification du « règlement CLP » européen, l’hexane est toxique par ingestion ou inhalation (catégorie 1), irritant pour la peau (catégorie 2), neurotoxique (catégorie 3 par exposition unique et catégorie 1 par exposition répétée) et suspecté reprotoxique (catégorie 2). L’hexane affecte gravement le système nerveux périphérique et est suspecté d’avoir un effet sur le système nerveux central. Une exposition chronique peut entraîner des polyneuropathies, avec troubles de la vision, affaiblissement musculaire et engourdissements. L’hexane est interdit dans les produits non alimentaires, notamment d’entretien destinés au grand public. Il n’existe cependant pas, à l’heure actuelle, de valeur toxicologique de référence par ingestion, faute de données suffisante sur la toxicocinétique.
Saisie en 2023 par la Commission européenne, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) doit fournir une réévaluation de la sécurité de l’hexane comme solvant d’extraction en 2027. En France, l’Inrae a également lancé des études sur le sujet. L’attention des parlementaires a également été attirée par plusieurs enquêtes journalistiques, de même qu’un rapport de Greenpeace France, qui faisait état de la présence de n-hexane dans le beurre, la viande et le lait issu d’animaux nourris par des tourteaux de céréales traités avec du n-hexane.
Une réglementation européenne à revoir
La réglementation européenne actuelle ne permet pas aux États membres d’obliger les industriels de l’agroalimentaire à indiquer les auxiliaires technologiques employés, le législateur estimant que ces produits ne demeurent qu’à l’état de traces. Les rapporteurs « sont convaincus que, indépendamment du résultat de la procédure de réévaluation en cours, cet aspect de la réglementation doit être modifié. » L’hexane ayant été identifié comme substance très préoccupante par l’Echa, cela entraîne des obligations d’information du consommateur au titre du règlement « Reach », estiment-ils.
Le rapport appelle à définir les modalités d’une allégation positive, neutre et factuelle, visant à informer le consommateur de l’absence de recours à l’hexane. « Au minimum, on doit informer le consommateur et attendre les prochains résultats scientifiques pour savoir s'il faut l'interdire », affirme Richard Ramos, qui travailler à une proposition de loi. Ce type d’étiquetage pourrait pousser les firmes à recourir à des alternatives, comme cela a été le cas avec les nitrites utilisés dans la charcuterie, un autre combat qu’il a mené en 2021.
Existe-t-il des alternatives à l’hexane ? « La filière française des oléagineux s’est déjà équipée, au cours des 25 dernières années, d’unités de production fonctionnant entièrement sans solvant, écrivent les rapporteurs. Cette évolution démontre que des procédés plus vertueux sont d’ores et déjà opérationnels et performants. » C’est le cas du CO2 supercritique, utilisé depuis 2010 dans la pharmacie, la parfumerie et la cosmétique, ou plus récemment depuis 2023 du 2-méthyloxolane (commercialisé par la start-up française EcoXtract).
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